Un colloque organisé samedi soir à Nouakchott par le Centre maghrébin des études stratégiques a réuni juristes, universitaires et parlementaires autour d’un thème sensible : « les mandats présidentiels entre protection constitutionnelle et nécessité de pénaliser les appels à leur violation ». Si les intervenants se sont accordés sur le fait que la limitation des mandats présidentiels, introduite par la révision constitutionnelle de 2006, visait à ancrer l’alternance pacifique au pouvoir, ils ont vivement divergé sur l’opportunité de sanctionner pénalement quiconque appellerait à modifier ces dispositions.

Le président du centre organisateur, Didi Ould Salek, a estimé que la Mauritanie souffre encore d’un déficit de consensus sur ses constantes constitutionnelles, rappelant que la Constitution de 1991 interdit, dans son article 99, toute révision touchant à l’intégrité du territoire ou au caractère républicain des institutions. Il a jugé que les appels à modifier les dispositions sur les mandats présidentiels constituent une atteinte à la Constitution et a plaidé pour l’adoption de textes pénalisant de tels appels.

À l’inverse, l’avocat et ancien président de la Commission nationale des droits de l’homme, Ahmed Salem Ould Bouhoubeini, a estimé que réclamer une révision constitutionnelle relève de la liberté d’expression et de l’action politique, et ne saurait constituer une infraction en l’absence de texte l’incriminant. Le député Mohamed Boye Cheikh Mohamed Fadel a pour sa part révélé avoir déposé à l’Assemblée nationale une proposition de loi de neuf articles visant à combler ce qu’il qualifie de « vide juridique », prévoyant des peines privatives de liberté et des sanctions financières contre les initiateurs et financeurs de telles initiatives.

D’autres participants, comme l’avocat Yacoub Ould Seif, ont plaidé pour une approche différente, jugeant que la protection de la Constitution passe davantage par l’existence d’un « noyau dur » de forces politiques et sociales attachées à son respect que par la multiplication des dispositions pénales.

Source : Al Akhbar — 5 juillet 2026