Sélibaby – Dans la capitale de la wilaya du Guidimakha, une revendication peut surprendre au premier abord, mais elle touche à un droit fondamental : l’obtention des documents d’état civil. Ce problème revient sans cesse dans les discussions des habitants, qui dénoncent la lenteur des démarches et la multiplication des prétextes qui la justifient.

Des habitants du quartier « Adbaye Essaïd » et de ses environs racontent affluer de nuit vers le bâtiment de l’état civil, parfois en y passant plusieurs nuits d’affilée, ou en arrivant dès les premières heures de l’aube, avant même le réveil de la ville.

Le tableau décrit est celui de dizaines de citoyens installés à même le sol, certains ayant passé la nuit sur place, d’autres ayant parcouru des centaines de kilomètres dans l’espoir d’obtenir des documents relevant pourtant de leurs droits civils les plus élémentaires. Les récits varient entre accusations de mauvaise gestion et explications liées à l’accumulation des demandes et à un faible taux d’enregistrement par le passé, attribué à des « facteurs culturels ».

Le citoyen Ali Mohamed affirme qu’il n’existe aucune procédure claire pour obtenir ces documents. Il explique avoir passé plusieurs nuits devant le centre d’état civil pour tenter d’obtenir les papiers de son neveu, allant jusqu’à payer une somme d’argent sans succès. Selon lui, « Sélibaby est une ville sans recensement », sans que les habitants n’en comprennent la raison, face à la multiplication des excuses.

Ali Ould Maga décrit une situation « mauvaise », les citoyens devant parfois passer la nuit en file d’attente devant le bâtiment sans que leurs démarches n’aboutissent. Il accuse l’administration de l’état civil de traiter certains dossiers en priorité, sans délai ni attente, contrairement au commun des usagers.

Zeiny Ameilid évoque un parcours semé d’embûches : présence exigée dès quatre heures du matin, puis annonce vers neuf heures que le réseau internet est en panne ou que le directeur est absent. Il dit son incompréhension face à l’exigence de faire venir l’oncle ou le tuteur d’un enfant en plus du père, jugeant cette demande peu réaliste pour des hommes venus travailler loin de leur famille.

D’autres, comme Ennaha Ould Mohamed, dénoncent une exigence de présenter un acte de naissance à des adultes de 30 à 50 ans, alors même que cet acte n’est pas délivré à la naissance dans les maternités locales. Il pointe également des horaires de travail tardifs du personnel de l’état civil, peu soucieux, selon lui, des conditions d’attente des usagers.

Pour Mohanad Abi, la crise s’explique aussi par la nature du mode de vie encore marqué par des habitudes nomades et par des décennies sans démarche sérieuse pour obtenir les documents, certains grands-parents n’ayant jamais établi leurs propres papiers, ce qui se répercute sur plusieurs générations.

Le ministre de l’Intérieur, Mohamed Ahmed Ould Mohamed El Amine, avait annoncé le 18 juin dernier que le nombre total de citoyens enregistrés à l’état civil avait atteint 5,1 millions, avec plus de 1,7 million d’inscriptions supplémentaires ces dernières années, contre 3,4 millions au moment de l’arrivée au pouvoir du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani en 2019. Devant le Parlement, il avait reconnu que la question de l’état civil restait, depuis des décennies, l’un des dossiers nationaux les plus complexes, en raison de défis administratifs, sociaux et comportementaux liés à la manière dont une large partie de la population perçoit encore ces documents, souvent considérés comme répondant à des besoins ponctuels (examens, démarches administratives, voyages, échéances électorales) plutôt que comme une pratique civique à part entière.